Déclaration du bureau national du MDS à l’occasion de la célébration de la journée internationale des droits de l’Homme

Arracher l’Algérie à l’arbitraire .

 

Le 10 décembre est célébrée la journée internationale des droits de l’Homme. Dans ce domaine, les tergiversations du pouvoir font perdre du temps, démoralisent des défenseurs des droits humains et laissent l’opinion publique tiraillée entre espoir et inquiétude. Les citoyens sont pourtant disponibles pour s’impliquer fortement dans la bataille autour de cette question, l’ampleur de la mobilisation contre les violences faîtes aux femmes en témoigne, malgré les limites de l’initiative. Mais si le pouvoir consacre des avancées dans la loi, comme il l’a fait avec la réforme du code de la famille ou avec son projet concernant les droits des enfants, il tombe dans l’illusion que la loi pourrait remplacer une mobilisation consciente des forces vives de la Nation.

En agissant ainsi, le pouvoir brouille les enjeux véritables autour des droits humains. Ses atermoiements autour de l’abolition de la peine de mort, les limites de son nouveau projet de code du travail et ses faux-fuyants sur la participation des syndicats autonomes à la Tripartite, ses hésitations à prendre une position résolue contre la censure – d’où qu’elle vienne – dans la polémique autour du film l’Oranais, la gestion ambivalente des immigrés d’Afrique subsaharienne, ces manœuvres dilatoires concernant l’octroi d’agréments à certains partis et associations causent des retards préjudiciables à l’instauration d’un Etat de droit.

Le droit de réunion et de manifestation est lui aussi sujet à des appréciations à géométrie variable. Ainsi l’interdiction de manifester à Alger a été objectivement suspendue à l’occasion d’une marche de policiers. Le MDS a lui-même été victime de ces démarches contradictoires qui animent le pouvoir. A Béjaïa, après qu’une autorisation écrite lui ait été délivrée par l’administration, pour tenir un meeting, l’activité a été interdite, non pas au nom de la loi mais pour des considérations politiques. C’est un comble quand on apprend, par la presse, qu’une réunion de terroristes islamistes, bénéficiaires des mesures de réconciliation, a été tolérée après que leur chef ait été reçu, par le représentant de la Présidence, comme une personnalité nationale.

Cette manière de faire favorise les diversions. Ainsi en est-il des partis qui se livrent à une bataille surréaliste autour d’une présidentielle anticipée et se saisissent des rapports internationaux sur l’état des libertés et des droits élaborés par des organisations et institutions de pays partenaires de l’Algérie pour mettre en accusation le pouvoir. Cependant ces campagnes, qui ressemblent à celle du qui-tue-qui, ne visent pas à faire avancer l’état de droit et la démocratie mais au contraire à sauver le compromis islamo-conservateur sur lequel s’appuient les partisans du despotisme, dans ou hors du pouvoir.

Dans le combat pour les droits humains, il ne faut donc pas perdre de vue les tâches essentielles, celles qui peuvent rassembler : en finir avec le compromis avec l’islamisme, avec l’arbitraire et toutes les formes de violence qui empêchent que le rapport de force bascule définitivement en faveur de l’Etat de droit et de la démocratie. La révision de la Constitution est décisive pour faire avancer ces exigences, en particulier sur les questions liées à l’identité nationale et plus précisément en ce qui concerne l’officialisation de tamazight. Pour tous, au sein de la société civile, dans les organisations politiques, syndicales et sociales, les structures et institutions qui doivent surmonter toutes les pratiques anti-démocratiques qui sont au cœur du système, l’heure est à la convergence des efforts afin de consacrer les droits et libertés.

 

Alger, le 9 décembre 2014

Le Bureau national

 

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