Le trouble dans la police souligne l’exigence de refondation des institutions de l’Etat

La protestation au sein du corps de la police ne semble pas encore prendre fin. Les agents qui demeurent rassemblés devant la Présidence de la République voient même des collègues de différentes wilayas rejoindre le mouvement. Le Premier Ministre vient, pourtant, de s’engager en leur direction concernant les salaires, la gestion de leurs carrières et en clamant reconnaître les sacrifices qu’ils consentent dans l’accomplissement de leurs missions. Il est à craindre qu’il ne manquera pas, pourtant, de continuer à les instrumentaliser comme recours essentiel face à la contestation de la société, alors même qu’ils exprimaient, aussi, leur lassitude d’être employés à réprimer des jeunes algériens qui, comme eux, se mobilisent légitimement.

 

Le système prétendait, déjà, prendre en charge la volonté de changement qui s’exprime toujours plus fortement dans la société, en particulier en matière de sécurité et de justice. C’est pourquoi Bouteflika avait pris quelques mesures spectaculaires, comme réunir un Haut Conseil de Sécurité, assurer une forte hausse des dotations de la sûreté nationale, remettre en cause l’activité des services de sécurité au sein des ministères, soumettre les écoutes téléphoniques à l’aval de la justice et procéder à un mouvement dans le corps de la magistrature qui assure la promotion de femmes à la responsabilité de procureur général. Toutes ces décisions utiles avaient, pourtant, été insuffisantes à prévenir l’évolution actuelle et à entamer une réforme crédible.

 

Le pouvoir veut, en vérité, éviter les changements profonds et radicaux que la crise appelle. Il donne aux questions stratégiques fondamentales posées par l’évolution des réponses tactiques conjoncturelles dans le simple but de désamorcer la colère qui gronde. Ses réponses s’inscrivent dans les limites d’un système qu’il ne veut dépasser qu’au profit d’un nouveau compromis qui le pousse chaque jour à s’attaquer aux libertés, dont celle de la presse, à fragiliser les institutions et même à mettre en péril l’unité nationale, comme c’est le cas à Ghardaïa où les violences ont repris. Au delà des reculs tactiques que lui impose le rapport de forces et les luttes, il croit ainsi pouvoir achever la mission qu’il s’est donnée, à savoir assurer la reconduction inexorable du système. Dans un tel contexte les manifestations de policiers peuvent susciter l’inquiétude.

 

L’opposition néo-réconciliatrice voudrait exaspérer ce sentiment, comme elle l’a fait après l’assassinat d’Hervé Gourdel, en espérant échapper à son lent naufrage. Elle agite, à cette fin, le chiffon rouge de l’effondrement de l’Etat. En évoquant des tensions au cœur du pouvoir ou sa vacance, cette opposition fait diversion sur les exigences de la crise, dont-elle voudrait reporter les solutions à la mise en œuvre d’une transition qui ne vise, en réalité, qu’au statu quo incarné par le compromis avec l’islamisme et structurellement adossé à la rente et aux forces de la spéculation. Le mécontentement dans la police exige, pourtant, d’aller au fond du sujet, en évitant les jeux de posture et les commentaires qui font croire à une véritable insurrection au sein d’un corps qui n’a pourtant pas rompu la discipline républicaine aux pires moments du terrorisme et lors de la crise en Kabylie qui a duré 4 années.

D’autres secteurs de la fonction publique ont exprimé leur mécontentement face à la dégradation de leur situation professionnelle. Ces luttes, comme toutes les résistances sociales et contre la dérive despotique, ont d’ailleurs certainement contribué à éveiller une nouvelle conscience au sein des forces de police qui rejoignent ainsi d’autres corps constitués engagés dans la lutte syndicale et démocratique comme les douanes, les gendarmes dont les familles étaient délogées, les gardes-communaux ou les retraités de l’ANP. Tout en restant vigilant face à certaines étroitesses et limites communes à d’autres mouvements de protestation, il s’agit donc de ne pas prêter flanc aux thèses qui délégitiment la contestation en cours et évoquent une menace sur l’ordre républicain ou des luttes d’appareils qui mettraient en jeu la cohésion dans la gestion de l’Etat. Même si la santé de Bouteflika ravive, périodiquement, les spéculations les plus diverses.

 

Pour sa part, le MDS appelle à poursuivre le dialogue constructif avec les délégués des Unités Républicaines de Sécurité qui ont manifesté de manière pacifique et rejette toute mesure répressive à l’encontre des organisateurs de la protestation. Notre mouvement considère légitime la création d’un syndicat et insiste sur le respect des conditions démocratiques de son installation. Par ailleurs, le MDS tient à saluer la solidarité de la population et des jeunes de Ghardaïa en direction des policiers qui ont avancé des revendications légitimes. Ces manifestations, comme la résistance continue face à la pression du despotisme, traduisent le mouvement de fond démocratique qui traverse la société algérienne de part en part et qui entre dans une nouvelle phase cruciale.

 

Ce qui est en jeu, alors que leurs missions évoluent de manière sans précédent depuis l’affrontement avec le terrorisme islamiste, c’est la réforme profonde des différents services de sûreté et de sécurité, avec l’objectif de mettre fin aux activités de police politique. L’assassinat de l’ancien DGSN dans son bureau, la révélation des dérives de policiers, de bavures et de divers dysfonctionnements auraient dû alerter sur ces exigences. Mais le pouvoir a choisi la politique de l’autruche pour gérer ces affaires en interne dès lors qu’il a eu connaissance des infractions commises par ses fonctionnaires.

 

La situation dans la police repose donc, aussi, la question délicate du contrôle externe et démocratique des différents corps de sûreté et de sécurité, un processus complexe mais néanmoins indispensable dans le cadre de la nécessaire reconstitution du front intérieur et de la remobilisation des forces démocratiques aux côtés des patriotes alors que la situation dans la région demeure préoccupante. Plus largement elle interpelle sur les limites posées par la reconduction de Bouteflika, sur les contradictions dans la composante du gouvernement et surtout sur la ligne du pouvoir. Le malaise chez les policiers longtemps utilisés comme béliers, désignés coupables de “ dépassements ” pour finir sacrifiés sur l’autel de la défense du système est finalement un symptôme qui exige que soient prises des mesures s’inscrivant dans le cadre de la refondation de l’Etat dans la perspective d’un Etat démocratique de Droit. Une nécessité majeure, à quelques jours de la célébration du 60ème anniversaire du 1er Novembre.

 

Alger, le 16 octobre 2014

Le Bureau national du MDS

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