Belkhadem, chute et rédemption

Quelques remarques à propos de l’éviction de Belkhadem, à partir d’une réaction publiée dans le journal La Cité :

 

Belkhadem, chute et rédemption

 

Confondant gestion de l’Etat et activité partisane, pour démettre Belkhadem de toutes ses fonctions, Bouteflika vient de marquer, une fois de plus, le caractère despotique de son action politique. L’éviction de Belkhadem de ses responsabilités au niveau de l’Etat et du FLN souligne que, malgré la conversion miraculeuse des scandales financiers et de la maladie de Bouteflika en bulletins de vote, une lutte sourde se poursuit dans les appareils du pouvoir.

 

Au fil du temps, les frondeurs au sein du FLN reprendront leurs attaques, même si la mesure qui frappe Belkhadem attise momentanément leurs doutes. Saïdani a l’avantage, mais il a été ébranlé par les révélations sur les biens qu’il posséderait en France et sur son statut. Des assauts répétés continueront à fragiliser le FLN et inciteront Belkhadem à s’en détacher. Après tout, Ouyahia s’est avantageusement «résigné» à mettre l’Algérie au dessus du RND et dirige la révision constitutionnelle.

 

D’un autre côté, la disgrâce symbolique de Belkhadem, ex-Ministre d’Etat, ex-Chef du gouvernement et ex-représentant personnel du Président assurant la jonction avec l’islamisme, prolonge l’attitude du pouvoir qui stigmatise ce courant depuis le Printemps arabe. C’est d’ailleurs la participation à une rencontre organisée par un parti de la mouvance qui aurait courroucé Bouteflika. Cependant, bien qu’atomisé et marginalisé, l’islamisme sollicite une transition et appelle du pied à un nouveau compromis, en mesurant les contradictions d’un système dans l’incapacité d’assumer la rupture.

 

Le nouveau gouvernement qui accueille des ministres issus de milieux progressistes et un ministre des affaires religieuses titillant les conceptions archaïques des islamo-conservateurs est, lui aussi, l’expression de cette tendance ; malgré son enseigne moderniste, il reste soumis aux limites fixées avec l’élection de Bouteflika. D’ailleurs, durant la campagne électorale, le premier ministre lui-même faisait la promotion de la réconciliation comme socle de la renaissance nationale. Et, tant que cette porte reste ouverte à l’islamisme, Belkhadem ne sera pas disqualifié. Tout juste invité à la discrétion par le pouvoir, il est désormais écouté par un RCD prêt à se saisir de n’importe quelle bouée pour survivre au naufrage.

 

Ne négligeons pas, pour autant, l’évolution actuelle. Si elle n’entérine pas un tournant démocratique, elle constitue une inflexion du pouvoir qui ajuste sa représentation à sa supposée volonté de promouvoir le patriotisme économique. Elle risque, néanmoins, d’être mise à mal par les forces promues à la faveur de l’éviction de Belkhadem. A travers Saïdani, les courants liés à l’argent sont récompensés du soutien apporté à la réélection de Bouteflika. Leurs intérêts ne vont pourtant pas dans le sens de l’édification d’une économie productive et de l’accumulation nationale.

 

En conséquence, si le pouvoir faisait preuve de résolution dans la mise en œuvre du patriotisme économique, il pourrait alors retendre la main à l’inoxydable Belkhadem. N’oublions pas qu’il est déjà revenu d’une épreuve après la découverte de ses rapports avec l’ambassade d’Iran, quand l’Algérie affrontait le terrorisme islamiste. En vérité, il n’y a qu’une manière de se débarrasser, à jamais, des Belkhadem, Saïdani et consorts, c’est de faire évoluer le rapport des forces en faveur du changement radical.

 

Yacine Teguia

Secrétaire générale du MDS

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s